Lancement de la Table sectorielle Jeunesse – 17 juillet 2026 - Allocution de la Coordonnatrice résidente des Nations Unies en Haïti
20 juillet 2026
"La jeunesse n’est pas un défi à gérer. Elle est un dividende à valoriser. Partout en Haïti, les jeunes contribuent au développement de leurs communautés"
Légende: La DSRSG/RC/HC, Nicole Boni Kouassi, prononce son discours lors du lancement de la Table sectorielle de la Jeunesse
Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique, Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement, Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et représentants du corps diplomatique, Mesdames et Messieurs les représentants des institutions nationales, Chers collègues du Système des Nations Unies, Mesdames et Messieurs les représentants des associations, groupements et autres structures de jeunesse, Mesdames et Messieurs les représentants de la société civile, Mesdames et Messieurs les représentants des médias, Mesdames et Messieurs,
Le lancement de cette Table sectorielle sur la jeunesse constitue une étape importante que le Système des Nations Unies en Haïti accueille avec beaucoup d’intérêt.
Ce mécanisme de dialogue et de concertation traduit l’engagement des autorités nationales à mieux coordonner les institutions, les partenaires et les ressources afin de produire des résultats concrets pour la jeunesse haïtienne. Il témoigne également d’une volonté claire de placer les jeunes au cœur des politiques publiques et des priorités nationales.
Je souhaite saluer le leadership du Gouvernement haïtien, et en particulier celui du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique, ainsi que l’engagement de Monsieur le Ministre Pythagore Dumas et de son équipe.
Mesdames et Messieurs,
Nous le savons tous, Haïti traverse aujourd’hui une période particulièrement difficile, marquée par des défis sécuritaires, économiques et institutionnels considérables. Mais cette réalité ne doit pas nous faire perdre de vue un constat fondamental : l’avenir du pays dépend en grande partie de sa capacité à investir dans sa jeunesse.
Je voudrais partager aujourd’hui trois messages.
Premièrement, la jeunesse représente le principal atout d’Haïti.
À l’échelle mondiale, l’humanité n’a jamais compté autant de jeunes, avec près de 1,9 milliard de personnes âgées de 10 à 24 ans.
En Haïti, cette réalité est encore plus marquée. Plus d’un Haïtien sur deux a moins de 25 ans et plus de 5 millions de personnes ont entre 15 et 39 ans, soit environ 43 % de la population nationale.
Cette jeunesse constitue également une force économique importante. Près de 35 % des entreprises du pays sont portées par des jeunes de moins de 35 ans. Pourtant, seules 9 à 11 % d’entre elles parviennent à s’enregistrer officiellement, ce qui illustre les obstacles que rencontrent encore les jeunes entrepreneurs.
Ces chiffres nous rappellent une réalité simple : la jeunesse n’est pas un défi à gérer. Elle est un dividende à valoriser. Partout en Haïti, les jeunes innovent, entreprennent, créent, s’organisent et contribuent au développement de leurs communautés.
La question n’est donc pas de savoir si la jeunesse haïtienne possède le talent, l’énergie et la créativité nécessaires pour réussir. La question est de savoir comment nous créons les conditions lui permettant d’exprimer pleinement son potentiel.
Deuxièmement, investir dans la jeunesse est aussi un investissement dans la stabilité et l’avenir du pays.
Les défis auxquels les jeunes sont confrontés demeurent considérables. En 2025, le chômage touchait près de 38 % des jeunes de 15 à 24 ans, tandis que plus de neuf travailleurs sur dix évoluaient dans l’économie informelle.
Dans le même temps, la dégradation de la situation sécuritaire affecte directement les jeunes. Selon les Nations Unies, le recrutement d’enfants par les groupes armés a augmenté de 200 % au cours de la seule année 2025.
Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ils nous rappellent qu’investir dans l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, l’entrepreneuriat, la participation citoyenne, la culture et le sport est également un investissement dans la prévention de la violence, la cohésion sociale et la stabilité du pays.
C’est précisément l’approche que promeut le Système des Nations Unies à travers la stratégie Youth 2030, qui place les jeunes non pas comme de simples bénéficiaires des politiques publiques, mais comme des partenaires à part entière de leur conception, de leur mise en œuvre et de leur suivi.
Troisièmement, cette Table sectorielle doit devenir un mécanisme de coordination, de participation et de résultats.
La valeur de cette initiative ne se mesurera pas au nombre de réunions organisées.
Elle se mesurera à sa capacité à mieux coordonner les interventions, à identifier les besoins insuffisamment couverts, à mobiliser les ressources nécessaires et à accompagner la mise en œuvre de la future Politique nationale de la jeunesse.
Nous savons déjà que des résultats sont possibles.
Les Nations Unies soutiennent de nombreuses initiatives en faveur des jeunes à travers différents programmes et agences. Des milliers de jeunes ont ainsi bénéficié d’activités de formation, de participation citoyenne, de promotion de la paix, d’éducation aux médias et de développement des compétences. Ces expériences démontrent qu’avec les bons partenariats et des investissements ciblés, des résultats concrets peuvent être obtenus.
Mais nous devons désormais aller plus loin. Nous devons transformer des initiatives réussies en politiques publiques durables, capables d’atteindre davantage de jeunes dans toutes les régions du pays.
Mesdames et Messieurs,
Cette Table sectorielle offre précisément l’occasion de passer d’initiatives parfois dispersées à une vision nationale cohérente, coordonnée et pérenne. Elle doit nous permettre de mieux aligner nos efforts, de renforcer la participation des jeunes et de traduire cette ambition commune en actions concrètes.
Les jeunes d’Haïti ne demandent pas seulement à être entendus.
Ils demandent à participer, à contribuer et à construire.
Notre responsabilité collective est de créer les conditions qui leur permettront de le faire.
Le Système des Nations Unies restera pleinement mobilisé aux côtés des autorités haïtiennes pour accompagner cette ambition.
Je vous remercie.
Discours de
Dre Nicole Boni Kouassi
RCO
Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général pour le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) | Coordonnatrice résidente | Coordonnatrice humanitaire
Objectifs poursuivis à travers cette initiative
Entités des Nations Unies impliquées dans cette initiative